Le Sujet. La Conscience et l'Inconscient

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INTRODUCTION

L’homme, en tant qu’être vivant, poursuit les fins de la nature : se produire et se reproduire. Sa vie ne saurait pourtant se réduire ni à sa conservation, ni à la conservation de l’espèce. Recevoir la vie, la donner, puis céder sa place, c’est là le programme monotone de la vie. Mais, quand, sur ce programme, se superpose la conscience, la question du sens et de la valeur de la vie émerge et l’on entre alors dans le plan de l’existence humaine.

Si la vie pour l’homme se constitue en problème, c’est parce qu’il appartient à deux mondes : celui de la nature et celui de l’esprit. Par son corps, il appartient au 1er mais par sa pensée, il appartient au monde de l’esprit.

Cette double appartenance dédouble l’homme : il vit et il sait qu’il vit. Ce savoir qui l’accompagne quotidiennement du réveil jusqu’au sommeil est désigné fort justement du terme de con-science (= avec savoir ou accompagné de savoir).

Dans la mesure où, pour l’être humain a lieu cet éveil de la conscience, a lieu aussi l’étonnement pour les choses qui l’entourent, et l’étonnement plus grand encore pour lui-même : SCHOPENHAUER écrit « Excepté l’homme, aucun être ne s’étonne de sa propre existence, c’est pour tous une chose si naturelle qu’ils ne la remarquent même pas » .

 

I) ANALYSE DES DIFFERENTES FORMES DE LA CONSCIENCE

A) Etre, vivre et exister : l’existence comme problème

Quand je dis d’un objet qu’il existe, je dis simplement qu’il est réel, qu’il n’est pas rien. Sa manière d’être, c’est d’être immédiatement ce qu’il est : une pierre est une pierre, un stylo est un stylo. Certes, une première distinction s’impose avec évidence : une pierre est une chose naturelle, un stylo, un objet fabriqué par l’industrie humaine.

Parmi les êtres naturels, certains ont la double capacité de se développer et de se reproduire. Ce sont les êtres vivants. Pour qu’ils se développent, ils doivent puiser à l’extérieur d’eux-mêmes, les matériaux nécessaires à leur croissance, qu’ils réorganisent selon leur propre loi :ou métabolisme. Les matériaux sont ainsi absorbés, dégradés, les nutriments sont assimilés ; les déchets sont rejetés.Parmi les êtres vivants, certains tirent sur place tout ce qui est nécessaire à leur développement : ce sont les végétaux. D’autres ont la capacité de se mouvoir et d’aller chercher leur nourriture : ce sont les animaux. Ces êtres vivants ont un appareil sensori-moteur grâce auquel il s’orientent dans l’espace selon les informations données par leurs sens .

L’animal comme le végétal vivent de cet échange entre un milieu externe et un milieu interne, mais l’animal, grâce à la locomotion dépend moins des variations du milieu, tout en restant cependant, soumis aux impulsions de l’instinct.
Les animaux comme les végétaux ont la propriété de se reproduire, c’est-à-dire, de former un autre être semblable par la fusion de deux cellules spéciales : les gamètes, ovule et spermatozoïde. La reproduction sexuée est le moyen, pour l’espèce d’assurer la continuité de la vie; mais elle se paie, pourrait-on dire, de la mort des individus. Si vivre c’est se conserver ou se produire et conserver l’espèce ou se reproduire ; c’est aussi mourir. l’homme, « animal métaphysique »,est cet animal singulier qui sait qu’il va mourir, doué qu’il est de raison ou d’une conscience réfléchie. Précisons un peu mieux ce point.

B) Conscience immédiate/conscience réfléchie et conscience morale

Une façon simple de comprendre le phénomène de la conscience, c’est de le voir comme un rapport double.
1er rapport : la pensée se rapporte, dans la perception, à des phénomènes extérieurs qui sont soumis à la double condition de l’espace et du temps. Percevoir un arbre c’est percevoir qu’il est dans un lieu et dans un moment du temps. La conscience qui nous met directement en rapport avec un réel externe est nommée souvent conscience immédiate.
2ème rapport : la pensée se rapporte également à elle-même en intuitionnant dans le temps des phénomènes qui n’ont pas d’existence spatiale mais apparaissent et disparaissent dans un flux d’impressions mouvantes : images, souvenir, sentiment, idée. C’est elle qui est nommée : conscience réfléchie.

Ainsi, de même qu’un rayon de lumière peut être renvoyé vers la source d’où il est parti quand il rencontre un miroir, de même la conscience peut faire retour sur elle-même et se prendre comme objet de réflexion. La capacité d’un sujet à réfléchir lui permet de porter un jugement sur ce qu’il est, sur ce qu’il fait et sur ce qu’il pense c’est à dire d’en apprécier la valeur ou la non valeur. On voit ainsi que la conscience n’est pas seulement savoir immédiat ou réfléchi mais jugement moral.

C) La subjectivité

Je ne suis un sujet que si je ramène à l’unité, la diversité de mes états de conscience. Si je ne parvenais pas à ramener à un centre unificateur, la diversité de mes pensées, je vivrais une succession d’impressions sans aucun lien entre elles mais je n’aurais pas une existence une, unique et identique à travers le temps. Ce qui permet à un être de se poser dans un rapport d’égalité à soi, c’est un petit mot grammatical qui est le pronom personnel à la première personne :« je ». Qui dit « je » affirme et présuppose en même temps, l’unité de sa pensée et l’identité de sa personne. Se questionner et se remettre en question est le propre du sujet. Mais, comment parvenir à un savoir de soi qui ne soit pas trompeur ?

 

II) LA POSITION CENTRALE DU SUJET DANS LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
A) L’identité de la conscience et de la pensée

1) La méthode du doute :

On ne peut rien savoir avec certitude tant qu’on n’a pas mis en doute ses propres pensées. Pour faire du doute une méthode efficace, il faut premièrement l’appliquer aux principes dont dérivent toutes nos connaissances et deuxièmement, juger faux ce qui est seulement douteux.

Nos connaissances ont deux sources : la sensibilité (capacité passive de recevoir des impressions du monde extérieur) et la raison (faculté active de construire des raisonnements valides en suivant les règles logiques de la pensée) . Il faut donc produire d’abord des arguments destinés à ébranler la confiance naturelle que nous avons dans l’existence d’un monde extérieur à notre esprit, puis des arguments contre les évidences rationnelles.

2) Des raisons naturelles de douter :

Les illusions perceptives, la folie et le rêve font chanceler notre croyance spontanée dans la réalité du monde extérieur. Le monde est alors mis entre parenthèse et la croyance en lui est suspendue. L’examen doit, désormais, se tourner sur les contenus de nos pensées, c’est à-dire nos représentations. Toutes nos représentations sont formées par la combinaison d’idées simples en elle-mêmes . Ces idées (ou natures simples) qui sont innées , sont l’objet des sciences mathématiques : science des nombres/science de l’espace.

Le doute naturel ne peut les ébranler car elles dépendent non pas de l’existence ou de la non existence du monde extérieur mais de la raison : 2 + 2 = 4 est toujours vrai…

3) Le doute métaphysique : l’idée d’un Dieu trompeur et la fiction du Malin Génie :

Sauf si ma raison est faussée par un Dieu trompeur. Le sentiment de l’évidence que nous aurions en additionnant 2 à 2, serait lui aussi une illusion. Par cet argument, c’est la raison qui est atteinte dans le domaine où elle est réputée la plus infaillible : l’évidence mathématique.

Toutes nos pensées devenues douteuses doivent être rejetées comme fausses, selon la règle du doute méthodique. Mais, c’est tellement difficile de maintenir l’esprit dans un tel état que DESCARTES va forger une fiction terriblement efficace. Je suis la créature d’un être qui s’acharne à toujours me tromper : un Malin Génie. A présent tout est faux.

4) L‘évidence de la conscience :
Or, ce Malin Génie ne peut pas me forcer à admettre que je n’existe pas s’il me trompe. Par conséquent, si je doute de tout, je ne peux pas douter de moi qui doute. L’expérience de la pensée constatant sa propre existence est la première certitude qui met en échec le doute. Elle est désignée depuis DESCARTES par le terme cogito qui est donc synonyme de conscience.

Dès que je pense et au moment où je pense, j’ai en même temps conscience d’exister. Toute pensée s’accompagne toujours du savoir de celui qui pense ; autrement dit, de la certitude pour le sujet d’exister . C’est pourquoi DESCARTES donnera la définition suivante de la pensée dans Les Principes de la Philosophie : « par le nom de pensée, je comprends tout ce qui est tellement en nous que nous en sommes immédiatement connaissant. ». Et ce faisant, il identifie totalement pensée et conscience. Penser, être conscient et exister sont une seule et même intuition.

B) La distinction de l’âme et du corps

1) De l’essence pensante du Sujet :

Pour douter, il faut penser et pour penser, il faut être; mais que faut-il être pour pouvoir penser ? Si je sais que je suis parce que je pense, je ne sais pas encore ce que je suis. « Qu’est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense c’est-à-dire, un esprit, une âme, une raison… » (Deuxième méditation).

DESCARTES passe ainsi, de l’affirmation de sa propre existence en tant qu’il pense (et ce, avec raison) à une autre affirmation, celle-là illégitime, qu’il est une chose qui pense. Ce passage entraîne deux conséquences :

a) si je suis une chose qui pense, je n’ai pas besoin du corps pour penser

b) si je suis une chose qui pense, je peux savoir ce que je pense . Il suffit de s’isoler, de se retirer en soi pour avoir une intuition immédiate de soi-même (ces deux conséquences de la philosophie de DESCARTES vont être la cible d’objections constantes qui vont montrer qu’il ne suffit pas d’être conscient de soi pour se connaître soi-même).

2) L’ornière de la tradition : l’homme est fait d’un corps et d’une âme :

L’homme est fait de l’union de deux substances : une substance spirituelle et une substance matérielle. Ces deux substances n’ont aucune propriété commune (par substance DESCARTES comprend quelque chose qui subsiste par soi-même ou qui n’a besoin que de soi pour subsister; en toute rigueur, seul Dieu mériterait ce nom).

Chaque substance, a un attribut essentiel qui en définit l’essence, c’est-à-dire qui la constitue et la fait être ce qu’elle est. Par exemple, l’étendue d’un corps (ou sa tridimensionnalité) constitue son essence ; tandis que la pensée est l’essence de l’âme . Le sujet, par essence, immatériel ne saurait donc occuper d’ espace que par son union accidentelle à une portion de matière : son propre corps.

Aucune propriété d’un corps ne peut appartenir à la pensée ; et, inversement, aucune pensée ne peut être matérielle ni partager les propriétés d’un corps. Il faut donc affirmer une hétérogénéité radicale entre l’âme et le corps de l’homme; bien que c’est un fait, mais un fait incompréhensible, dans l’homme, l’âme et le corps peuvent s’informer mutuellement. Par exemple, quand dans le mouvement volontaire, la conscience oppose une résistance aux désirs du corps ou lorsque l’âme est emportée par l’effet de la passion.

Transition :

Les deux thèses de la philosophie cartésienne (la distinction métaphysique de l’âme et du corps et leur union empirique mystérieuse / la transparence de la conscience à elle-même) vont être la cible d’objections constantes qui vont monter qu’il est nécessaire de distinguer la conscience de soi et la connaissance de soi et qu’il ne suffit pas d’être conscient de soi pour se connaître soi-même. Il revient à FREUD de révéler l’abîme d’obscurité que l’homme est pour lui-même puisque l’idée- force de la psychanalyse c’est de contester l’identité de la conscience et de la pensée et de mettre en lumière, l’activité d’une pensée inconsciente, rebelle à la volonté de maîtrise du sujet.

 

III) LES ILLUSIONS DE LA CONSCIENCE

A) Conscience et connaissance de soi

Spontanément, la conscience produit des illusions égarantes pour le sujet et non de simples erreurs. On peut définir l’erreur comme étant une pensée fausse qui s’écarte de la vérité ou de la réalité. Tandis qu’une illusion peut être définie comme une croyance dérivée de désirs humains. Freud écrit dans  l’Avenir d’une Illusion (1927 ), « nous appelons illusion, une croyance quand, dans la motivation de celle- ci, la réalisation d’un désir est prévalente, et nous ne tenons pas compte ce faisant, des rapports de cette croyance à la réalité. »

Une illusion est donc un désir qui se prend pour une connaissance !

La principale illusion dont se berce la conscience, c’est de se croire totalement libre de toute attache avec la réalité en ne se rendant pas compte, ou plutôt, en ne désirant pas savoir : 1°) qu’elle dépend dans son être même de la présence d’autrui et de l’existence du monde et non l’inverse comme chez Descartes qui prouve l’existence de son corps puis l’existence des autres corps matériels dont ceux d’autrui à partir d’une première certitude : qu’il existe et qu’il est une chose qui pense ; et de la démonstration de l’existence de Dieu qui vient garantir à nos idées qu’elles sont vraies lorsqu’elles sont claires et distinctes, c'est à dire évidentes ; 2°) qu’elle est déterminée dans ses pensées, par le langage, la société et le corps.

En étant bref, on peut dire que le langage imprime à la pensée, une marque dont elle ne s’aperçoit pas. Nous croyons penser indépendamment des mots qui ne sont que de simples moyens d’exprimer et de communiquer nos idées. Or, c’est dans les mots et donc, dans l’esprit d’une langue particulière que se forment nos pensées personnelles.

D’autres phénomènes sociaux déterminent aussi la conscience .Ce qui fait dire au philosophe Marx que la pensée des hommes n’est pas le fruit de leur libre réflexion mais est déterminée par leur appartenance à une classe de la société. Ce sont les intérêts économiques des classes en conflit qui modèlent la conscience des hommes ; et cela, d’une façon d’autant plus efficace, qu’ils n’en n’ont pas conscience. Si les croyances des individus sont déterminées par leur appartenance à une classe de la société, alors on peut considérer que « ce n’est pas la conscience qui détermine l’être social, c’est l’être social qui détermine la conscience » Marx.

On peut comprendre que l’homme ait alors tant de mal à évaluer correctement ou objectivement sa place dans l’univers et à rectifier l’image déformée de lui-même en fonction de ses désirs, puisqu’il n’y faudra pas moins de trois révolutions scientifiques majeures pour l’amener à plus de lucidité.
B) La destruction des illusions narcissiques du sujet
1) La révolution Galiléenne :

Ce qu’on nomme la révolution Galiléenne, c’est la substitution au 17ème siècle d’un modèle théorique dominant qui fait de la terre, le centre de l’univers à un autre modèle : le modèle héliocentrique qui fait graviter la terre autour du soleil. Dans le géocentrisme, le monde est clos, il est organisé harmonieusement et l’Homme en est à la fois le centre ou le pivot et son point d’aboutissement. Le modèle héliocentrique qui va s’imposer non sans résistances, établit les deux idées suivantes : la terre n’est plus le centre de l’univers et l’univers n’a plus de centre assignable. L’ Homme doit reconnaître la place modeste qui est désormais la sienne dans un univers où comme l’écrit Pascal dans les Pensées « le centre est partout et la circonférence nulle part ».
2) La théorie darwinienne de l’évolution :
La seconde humiliation infligée à l’orgueil humain vient des travaux de deux anglais Wallace et Darwin,dont on peut résumer ainsi la théorie : tous les êtres vivants actuels sont le résultat d’une longue et lente série de transformations de formes de vie élémentaires qui a conduit à l’apparition puis à la diversification des espèces.

Wallace et Darwin rejettent le dogme religieux de la création par Dieu, des différentes espèces vivantes ainsi que la théorie biologique dominante qu’on nomme : le fixisme ; ils font de la sélection naturelle le moteur principal d’une évolution graduelle qui n’a pas de but et dont le hasard jouant un rôle déterminant, a conduit une espèce à méconnaître sa parenté étroite avec l’animalité et à se définir comme distincte des autres animaux, fière du privilège de la pensée réfléchie dont seule une origine métaphysique invérifiable peut réellement rendre compte. L’homme serait donc apparenté au divin et accidentellement à un corps animal !
3) La révolution psychanalytique :

La théorie psychanalytique, fondée par Freud, établit trois idées qui vont remettre en cause la définition traditionnelle de l’Homme comme un Sujet raisonnable, libre et responsable de sa vie. Ces idées sont :

1°) la conscience n’est que la partie la plus superficielle d’une réalité plus vaste et inaperçue qui est l’Inconscient.

2°) la conscience ignore qu’elle est au service des exigences pulsionnelles de l’organisme et croit à tort exercer une maîtrise volontaire donc, consciente et délibérée, de son affectivité. Freud en accord sur ce point avec Spinoza renverse tout une tradition de la philosophie occidentale selon laquelle ce n’est pas la Raison mais le Désir qui est l’essence du Sujet.

3°) la conscience est en lutte avec une partie d’elle-même qu’elle a refoulée et qui réapparaît sous la forme inquiétantes de phénomènes non maîtrisés.

Ce que Freud apprend à l’homme occidental civilisé c’est que la conscience réfléchie n’est pas la garantie d’une maîtrise de sa vie tant qu’elle ignore les déterminations d’un Inconscient psychique dont il faut aussi considérer qu’il appartient à la définition du sujet .

Avec les travaux de Freud, surgit une question plus qu’embarrassante pour la pensée : « L’hypothèse d’un Inconscient psychique ne rend-il pas périmé le projet, qui anime chacun de nous, de nous efforcer de nous connaître nous-mêmes, projet, selon Socrate, de la philosophie elle-même? ».

C) La philosophie comme effort de lucidité sur soi même
1) Qu’est-ce que la philosophie dans l’Antiquité :

Dans "l’Apologie de Socrate", ouvrage écrit par Platon, Socrate dit «  une vie sans examen ne vaut pas d’être vécue, c’est pourquoi je préfère mourir que d’être empêché de pratiquer cet examen». Examen qui n’est qu’un autre nom pour désigner la philosophie. Et Socrate sera mis à mort par ses juges.

Au juste qu’est-ce que fait Socrate? Il interroge tous ceux qu’il rencontre pour apprendre d’eux ce qu’il ne sait pas. Autrement dit, Socrate est celui qui, conscient d’être ignorant, désire savoir. En cela, il est philosophe ; car l’activité d’une âme qui tend (philô=je désire) vers le savoir (sophia )est la PHILOSOPHIE. A l’origine de sa recherche, il y a un étonnement : un ami à lui, est allé interroger à Delphes, la prêtresse d’Apollon pour savoir quel homme était le plus sage, et Apollon répond que c’est Socrate d’Athènes. Persuadé du contraire, Socrate va mener une enquête auprès de ceux qui, dans la cité, ont du pouvoir grâce à leur compétence (technè )ou à leur réputation de sagesse (qui se dit aussi en grec, sophia )

2) La mission de Socrate :
Il va donc les questionner et les réponses qu’ils vont donner à Socrate vont se montrer confuses, décevantes, mais, surtout, contradictoires. Le juge ne sait pas ce qu’est le juste ; le prêtre ne sait pas ce qu’est la piété ; le général ne sait pas ce qu’est le courage ; le savant ne sait pas ce qu’est la science…etc. Cet art de la discussion(du dialogue) où alternent les questions de Socrate et les réponses des interlocuteurs, c’est la dialectique. Le plus souvent, le dialogue s’interrompt sur un embarras (aporia)alors que l’embarras est le signe d’une pensée qui éprouve la douleur de reconnaître qu’elle est en désaccord avec elle-même, qu’elle est dans l’incohérence. Socrate appelle également son art : la maïeutique, en référence à sa mère qui était sage-femme : il est celui qui aide, non pas les corps, mais l’esprit à accoucher des vérités qu’il porte en lui, en expulsant tout ce qui y fait obstacle : opinions, préjugés, croyances fausses, douteuses ou infondées ; en bref, tout savoir qui ne parvient pas à se justifier rationnellement. Socrate force, ainsi, ses interlocuteurs à reconnaître leur ignorance et à tenter de la dépasser. C’est pourquoi, il comprend enfin la parole de l’oracle : il est le plus sage des hommes parce qu’il sait qu’il ne sait rien tandis que la plupart des hommes qu’il a interrogés croyaient savoir alors qu’ils ne savaient rien et étaient doublement ignorants en ignorant leur ignorance. La devise de Socrate sera désormais celle-là même qui est inscrite sur le fronton du temple d’Apollon : connais-toi toi-même !  Qu’on doit comprendre ainsi : saches combien tu t’ignores si tu veux être sage !
Or, voici ce que Freud écrit dans son Introduction à la Psychanalyse : « rentre en toi-même profondément et apprends d’abord à te connaître, alors tu comprendras pourquoi tu vas tomber malade et peut-être éviteras tu de le devenir ». Ailleurs, encore, il écrit : « là où était le ça, « Je » dois advenir ». La psychanalyse marche aussi dans les pas du sage Socrate.
CONCLUSION
Nul autre que moi ne peut avoir l’intuition immédiate de ce qui se déroule dans mon être le plus intime. « Je sens mon cœur, écrit Rousseau et je connais les autres ; si je ne vaux pas mieux qu’eux, au moins je sais que je suis autre. »

On pourrait penser pour cette raison qu’on se connaît soi-même mieux qu’on ne connaît les autres. La conscience de soi n’est pourtant pas la connaissance de soi « nous ne pouvons pas nous contempler nous-mêmes à partir de nous-mêmes. » Selon Aristote, nous nous aimons trop pour bien nous juger et nous aimons trop qu’on nous aime. Comment pourrions-nous correctement nous juger ?

Socrate, Aristote, Freud nous mettent en garde : nous vivons dans une ignorance coupable qui nous empêche de nous perfectionner. Etre soi est donc la seule vraie tâche de l’homme ; elle est interminable. Apprenons à mieux nous connaître pour mieux vivre.

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