La Croyance religieuse

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  INTRODUCTION :

Les hommes ont toujours exprimé dans des formes extrêmement diverses à travers le temps et l’espace, le sentiment d’une dépendance à l’égard d’une réalité invisible et transcendante (=ce qui s’élève au-dessus de toute limite ; qui est d’un ordre supérieur au monde empirique.) C’est ce sentiment qu’on désigne comme religieux.

Si les formes extérieures de religiosité (les pratiques et les croyances) diffèrent selon les lieux et les cultures, ce qui semble constant c’est la croyance que le monde ordinaire dans lequel naissent, vivent et meurent les hommes n’a de sens qu’en rapport à une autre réalité infiniment supérieure qui est au fondement de toute existence. Cette croyance semble être un phénomène universel, contemporain de la naissance de l’humanité elle-même. Le problème qu’une telle croyance pose, c’est de se demander si elle ne serait pas l’expression provisoire de l’ignorance des hommes à donner une explication rationnelle à toute chose? Est-elle un phénomène du passé qui survivrait encore dans la mentalité d’hommes à l’esprit faible et crédule? Peut-elle être justifiée, dans une certaine mesure, par la raison elle-même ? A quel besoin fondamental la croyance religieuse répond-elle?Telles seront les questions qui guideront ce cours.

 

I L’HOMME : ANIMAL RELIGIEUX

A) Une double étymologie

Si le sentiment religieux s’exprime dans des formes diverses à travers le temps et l’espace et semble universel, qu’est-ce que ces formes diverses ont en commun? L’étymologie nous aide à traiter, en partie, cette question.

Le mot français « religion » vient du latin « religio ». On hésite à rattacher ce mot au verbe « religare »  qui signifie « relier » ou au verbe « relire qui veut dire « recueillir », « accomplir avec scrupule ».

Le verbe « religare » met en avant l’idée de lien :

- lien vertical d’union des hommes au divin ( au surnaturel)

- lien horizontal d’obligation à l ‘égard de certaines pratiques dans le cadre de communautés religieuses.

Le verbe « religere » met en avant l’idée de respect scrupuleux. Dans un certain nombre d’expressions de la langue française, on entend encore ce sens : écouter quelqu’un « religieusement » c’est l’écouter dans une attitude d’attention et de respect extrêmes.

Ces deux étymologies associées nous font saisir tout ce qui est spécifique au phénomène religieux.

B) Analyse du phénomène religieux.

1) Toute religion, en effet, comprend des « croyances » qui sont relatives à une réalité autre qui est supérieure à la réalité naturelle et humaine.

On a donc un partage entre une réalité transcendante et une réalité immanente . La première dépassant la seconde, elle se manifeste toutefois à travers certains êtres, choses, lieux qui sont considérés comme sacrés (du latin sacer, séparé, intouchable) et sont distingués de tout le reste qui est considéré comme profane ou ordinaire et qui ne saurait rendre compte à lui seul du sens de l’existence de l’homme et du monde.

Ces croyances prétendent à la vérité sans que celles-ci soient obtenues par les moyens humains de la démonstration rationnelle ou de l’observation . Ce sont des « vérités révélées » aux hommes :

- soit par une tradition orale (par exemple dans des récits mythologiques qui mettent en scène Dieux, Héros ou Ancêtres et qui racontent comment les choses sont venues à être et pourquoi les hommes vivent ce qu’ils vivent).

- soit dans des textes déclarés « sacrés ». Les trois grandes religions monothéistes de l’Humanité dites religions du Livre, recueillent dans la Torah pour le judaïsme, le Coran pour la religion musulmane, le Nouveau Testament pour la religion chrétienne, la parole d’un seul Dieu, pensé comme le Dieu de tous les hommes.

2) A ces croyances ou à ces dogmes s’ajoute la part subjective de l’émotion et du sentiment religieux. L’homme se sent dépassé par une réalité mystérieuse et infinie et éprouve un mélange de terreur et de fascination.

3) Toute religion comprend également des règles de vie, des pratiques ritualisées, une morale qui distingue le bien du mal, prescrivant certains actes, en interdisant d’autres.

L’ensemble de ces pratiques régissent les relations des hommes entre eux et les relations des hommes au divin. Ces règles de vie, ont ceci de particulier que, provenant de la transcendance divine, elles ont une valeur absolue. C’est pourquoi toute religion court le risque d’être intolérante en imposant, par la contrainte, leur respect.

Selon l’influence qu’elle a dans la société, la religion, faite de cérémonies, de prières, de sacrifices, encadre la vie sociale des hommes et marque de sa ritualité les événements importants de la vie qui correspondent à un passage et un renouvellement : la naissance, le mariage, la mort …

4) Enfin, les croyances et les cultes religieux sont presque toujours l’affaire d’hommes privilégiés (prêtres, pasteurs, rabbins, imams…) qui sont des médiateurs entre le divin et le reste des hommes. Ils peuvent détenir un grand pouvoir comme dans les monarchies de droit divin ou les théocraties.

 

Ces éléments étroitement imbriqués dans la religion peuvent se trouver à l’état séparé dans d’autres domaines de la culture et être dissociés du surnaturel.

Même dans les sociétés laïcisées, comme en Europe occidentale aujourd’hui où les valeurs religieuses ne peuvent plus être utilisées comme guide moral valable pour tous, les hommes ont des croyances, posent des valeurs, pratiquent des rituels et semblent difficilement se passer de toute forme de transcendance

L’Homme doit-il être alors défini comme un animal religieux ?

 

II) LA RELIGION EST-ELLE COMPATIBLE AVEC LES EXIGENCES DE LA RATIONALITE? (Repère : Croire et Savoir)

A) Raison et Croyance

PASCAL (1623-1662) écrit dans les Pensées : « il y a deux excès : exclure la raison, n’admettre que la raison ». Il est, en effet, excessif d’exclure la raison là où elle est compétente, mais il est également excessif de faire intervenir la raison là où elle ne l‘est plus.

Dans quel(s) domaine(s) la raison est-elle compétente ? Qu’est-ce qu’un discours rationnel ?

Est rationnel, le discours pensé, réfléchi, méthodique qui ne se contredit pas et qui est capable d’établir à chacune de ses étapes , la vérité de ce qu’il avance. Il peut donc être jugé vrai par quiconque en examine les démonstrations ou les preuves (quand il s’agit d’établir une vérité par l’expérience : témoignages, observations, expérimentations nécessaires à un raisonnement expérimental) .

Or, ce qui caractérise une croyance, c’est son incertitude. Croire, c’est tenir pour vrai ou réel quelque chose sans en avoir de preuve . C’est, donc, ce qui ne peut pas être approuvé de tous. La croyance est le domaine des idées incertaines; mais, on peut distinguer quatre catégories de croyances et relever ce qu’ a de spécifique la croyance en Dieu.

1°) la croyance en des idées qui n’ont aucun fondement objectif : préjugé, superstition,illusion appartiennent à cette première catégorie.

2°) la croyance en des idées probables ; autrement dit, en des idées qui ne peuvent pas être affirmées avec une certitude totale mais qui peuvent s’avérer vraies : estimation, soupçon, prévision, conjecture, hypothèse…

3°) les convictions personnelles qui reposent sur un fort sentiment subjectif mais dont le fondement objectif n’est pas garanti : convictions morales, politiques, philosophiques.

4°) la relation personnelle et confiante à Dieu qui suscite une adhésion et un sentiment de certitude très fort en dépit de toute garantie objective selon les critères usuels de la raison et de l’expérience commune et qu’on nomme la Foi.

Pour Pascal, la Foi et la Raison sont deux modes distincts d’accès au vrai. La foi postule un ordre de vérité au-delà des vérités de la raison et de l’expérience, et cette vérité serait saisie immédiatement, sans le secours du raisonnement, par un élan du « cœur ». Il ne faut pas entendre par cœur ni le courage ni l’amour mais la saisie immédiate de vérités qui ne sont ni démontrables ni montrables.

Quant à la raison qui est la faculté humaine de distinguer le vrai du faux ; c’est par elle qu’est obtenu l’accord universel des esprits sur des vérités nécessaires, par la voie déductive de la démonstration. C’est donc dans le domaine de la logique et des mathématiques que la raison réussit exemplairement. Déduire, en effet, c’est tirer de propositions déjà démontrées comme vraies, d’autres propositions qui en sont les conséquences logiquement nécessaires. A côté des vérités universelles et nécessaires logiques et mathématiques, il y a les vérités de fait ou empiriques qui sont établies et contrôlées par l’expérience des preuves vérifiables par quiconque.

C’est, donc, soit dans les sciences mathématiques, soit dans les sciences expérimentales que la raison fait autorité ; au-delà de ces domaines, nous ne pouvons rien connaître avec certitude. C’est pourquoi la raison doit reconnaître que le contenu de la croyance religieuse qui relève d’un sentiment irrationnel, échappe à son autorité ; irrationalité qui n’est pas contraire à la raison, mais qui la dépasse.

La croyance religieuse, dont le contenu porte sur des vérités surnaturelles et inaccessibles à la raison humaine, exige donc, de cette dernière, qu’elle reconnaisse ses limites et n’empiète pas sur les « mystères » de la Foi.

 

B) Connaître et Penser.

KANT (1724-1804) distingue dans La Critique de la Raison pure les verbes « connaître » et « penser ».

Toute connaissance légitime procède du concours de deux facultés humaines : la sensibilité et l’entendement. La sensibilité est la capacité d’être affecté par quelque chose qui produit en nous des sensations . Pour connaître ce qui nous affecte, nous lui appliquons ce que KANT nomme les « catégories » ou concepts purs a priori de l’entendement (a priori désigne chez Kant ce qui ne dépend pas de l’expérience mais a son origine dans la raison par ex : le concept d’unité, le concept de cause, le concept de nécessité…au contraire, est dit « à posteriori », ce qui dérive de l‘expérience). Les catégories sont des actes de synthèse qui permettent de ramener à l’unité de la pensée, le divers sensible. Ce divers sensible est lui-même reçu dans les cadres généraux de la sensibilité humaine que sont l’espace et le temps.

Il y a donc d’une part, et du côté de celui qui connaît :

1) les formes a priori de la sensibilité spatio-temporelle.

2) les catégories ou concepts a priori de l’entendement qui s’applique à l’intuition sensible.

Il y a d’autre part, du côté de l’objet, ce par quoi nous sommes affectés passivement et qui met en route notre activité de connaissance. Car, connaître c’est mettre en forme une matière que nous n’avons pas créée mais qui nous est donnée. Or, les concepts purs de l’entendement,

( c’est-à-dire les catégories) sont susceptibles de deux usages dont l’un est légitime lorsqu’ils s’appliquent aux objets de l‘expérience, mais dont l’autre est illégitime lorsqu ils s’affranchissent de la condition qui seule leur permet d’avoir un sens : l’expérience possible. L’usage transcendant des catégories de l’entendement engendre des Idées que nous pouvons penser mais certainement pas connaître ; car, il leur manque la matière de l’intuition qui seule peut leur procurer l’objectivité.

La conséquence de cette analyse est la suivante :

Nous ne connaissons pas la réalité telle qu’elle est mais telle qu’elle nous apparaît. Notre connaissance est phénoménale et non nouménale (nous ne pouvons pas saisir un objet tel qu’il est en soi; mais seulement dans les conditions sensibles et intellectuelles qui sont les nôtres).

Quand la raison humaine cherche à connaître des objets dépassant les cadres de l’expérience, elle tombe dans des contradictions insolubles. Or, il en est précisément ainsi de ce qui nous importe le plus de savoir : l’idée de Dieu, celle de l’immortalité l’âme et celle de la totalité de l’expérience (l’univers). Ces objets que nous ne pouvons connaître, nous pouvons les penser comme des Idées qui

La pierre de touche de toute connaissance légitime c’est donc, pour l’homme, l’expérience possible. Mais, le champ de l’expérience n’est pas non plus, pour nous, la totalité du pensable. Ce que nous ne pouvons pas connaître avec certitude, nous pouvons le penser comme possible ; ce qui laisse selon KANT, une place pour la croyance ; car, rien ne s’oppose à ce qu’existe au-delà de l’espace et du temps et de l’ordre causal des phénomènes, un Etre Infini, Eternel, Tout-Puissant, Cause première de toutes choses et ordonnateur du monde. Une telle croyance répond à « un besoin métaphysique de la raison » selon Kant. La raison justifie, ainsi, la croyance religieuse ; elle ne saurait, cependant, en justifier le contenu sans s’égarer dans un domaine qui lui est étranger.

Or, l’homme peut-il se contenter de croire en un Dieu aussi éloigné de sa condition terrestre ? Ne cherche-t-il pas à apaiser son besoin d’être réconforté, en croyant à un Dieu d’amour qui veillerait sur lui? La croyance religieuse n’est-elle pas, alors, comme le pense Freud, une illusion dont l’homme se bercerait pour satisfaire des désirs que la réalité lui refuserait ?

 

III)L’AVENIR D’UNE ILLUSION

 

A) Que sont les idées religieuses

Selon Freud, les idées religieuses sont des illusions; c’est à dire des idées destinées à satisfaire les désirs les plus intenses et les plus tenaces de l‘Humanité. Ces idées prétendent être vraies mais c’est l’autorité religieuse, qui les déclare telles et c’est l’adhésion qu’elles reçoivent de ceux qui les admettent comme des dogmes (ou idées admises comme indubitables) qui les rend rebelles à tout examen critique. Or, pour nous autres hommes, il n’existe que deux voies qui nous persuadent de la vérité d’une idée : le recours à l’expérience ou l’accord logique de la raison avec elle même dans la démonstration. Le contenu d’une doctrine religieuse n’est ni l’objet d’une expérience possible, ni le résultat d’une démonstration ; il est par contre l’objet d’une adhésion, d’une croyance. Et si nous attachons tant d’importance à ces idées, c’est parce qu’elles réalisent la satisfaction de désirs qui nous sont vitaux. On comprend alors que la force d’une croyance est directement proportionnelle à l’intensité des désirs qu’elle satisfait.

C’est dans l’état de dénuement du nourrisson que FREUD semble découvrir la clé « du mystère religieux ». En effet, le petit enfant vit dans un état de complète dépendance à l’égard de ses parents qui se montrent toujours prêts à répondre, avec amour et empressement, à ses besoins. Dès lors, les parents et plus particulièrement le père qui a comblé le désir d’être aimé et protégé du petit enfant, apparaît comme un être à la fois bon et puissant. Mais, parce que l’enfant grandit et comprend que son père n’est plus capable de tenir ce rôle protecteur dans la vie, et qu’il a cependant toujours besoin d’un soutien efficace pour traverser les étapes difficiles de la vie, il se met à croire en l’existence d’un père éternel, tout puissant, juste et bon. Ainsi, la croyance de l’homme mûr en Dieu est le relais de la confiance que l’enfant a placée dans son père.

B) Que gagne-t-on à croire en Dieu?

A l’évaluation critique des idées religieuses (illusions), succède l’analyse du gain psychologique qu’elles assurent pour ceux qui les admettent.

Le sentiment d’être jeté dans une nature hostile ou indifférente, l’expérience de l’injustice sociale, la conscience d’être condamné à disparaître, rendent l’existence insupportable et causent le désespoir de l’homme. La croyance religieuse constitue en quelque sorte l’antidote du désespoir.

Les grandes religions de l’humanité affirment toutes un ordre providentiel de l’univers contre l’idée choquante que tous les êtres, au fond, ne sont que le résultat contingent du hasard. L’idée que mon existence s’inscrit dans un ordre voulu par Dieu, en efface la gratuité et l’absurdité; de même qu’elle atténue non pas les souffrances que j’endure mais ma réaction à l’égard de la souffrance qui devient acceptable. Ainsi, « en face des dangers de la vie, l’angoisse humaine s’apaise à la pensée du règne bienveillant de la Providence divine ». De même, l’affirmation que les valeurs morales ne dépendent pas des hommes, mais sont instituées par un Dieu juste et bon rend supportable le scandale dont je suis le témoin quotidien : celui du bonheur de l’homme méchant et injuste. Dieu qui voit tout et qui « sonde les coeurs » saura punir celui qui pêche comme il saura récompenser celui qui obéit à ses commandements. « L’institution d’un ordre moral de l’univers assure la réalisation des exigences de la justice ».

Et la suprême récompense du croyant, c’est la vie éternelle qui succède aux misères aux tourments de l’existence. La mort n’est plus le terme de la vie mais le moment transitoire vers une existence accomplie. « La prolongation de l’existence terrestre par une vie future fournit les cadres de temps et de lieu où ces désirs se réaliseront ».

La religion qui réconcilie l’homme avec la vie, satisfait aussi sa curiosité intellectuelle. Car, l’homme ne cesse de se poser certaines questions qui dépassent ses capacités à les résoudre. L’univers est-il limité dans l’espace ? A-t-il un commencement dans le temps ? L’âme, est-elle un principe immatériel incorruptible qui échappe à la destruction ? Toutes ces questions reçoivent une réponse satisfaisante à partir des vérités religieuses.

Enfin, le dernier gain que procure la croyance religieuse, c’est qu’elle déplace les conflits de l’enfance, sur une figure idéale et imaginaire, Dieu, et allège ainsi le fardeau du passé.

C) Infantilisme du croyant

Les idées religieuses, incapables de justifier leur prétention à être vraies soit par l’expérience, soit par la raison, heurtent les exigences de la rationalité scientifique et philosophique.

En tant qu’elles sont des dogmes, elles sont soustraites à toute possibilité de vérification et se présentent comme des vérités absolues révélées par Dieu lui-même. La force de ces vérités consiste à donner du sens à l’existence ; et l’homme est croyant parce qu’il a besoin de trouver un sens à une existence qui lui semble absurde. Trouver du sens, c’est apaiser l’angoisse engendrée par les expériences-limites de l’existence : la mort d’un proche, la souffrance physique et morale, la fatigue, la déception, l’ennui qui ont pour point commun de faire vaciller les certitudes qui sont les nôtres et en fonction desquelles nous menons ordinairement la vie.

La croyance religieuse, ne serait-elle pas alors la forme la plus accomplie de l’illusion en maintenant l’humanité dans un état d’infantilité, par la promesse, dans un autre monde et pour l’éternité, de la satisfaction de ses désirs les plus intenses ? Il est donc difficile pour un homme d’être adulte si, être adulte c’est vivre sans illusion en faisant face lucidement à sa condition. Tant qu’on ne renonce pas à cette croyance on montre, selon Freud, qu’on n’est pas parvenu à grandir.

On peut cependant se demander quelle est l’utilité d’une telle dénonciation de la religion comme croyance illusoire ? Et qui Freud peut-il convaincre ?

Car de deux choses l’une :

- soit l’on croit en Dieu et l’on reconnaîtra que Freud a vu très juste en montrant que la religion est le soutien le plus efficace de l’homme dans les dures épreuves de la vie, tout en trouvant discutable son jugement selon lequel les idées religieuses sont des illusions.

- soit l’on ne croit pas en Dieu et l’on reconnaîtra qu’il a également raison en affirmant que les idées religieuses sont des inventions humaines un peu trop belles pour être vraies.

Faut-il alors patienter en attendant que les hommes, toujours moins ignorants et toujours moins crédules, sachent faire de leur croyance une affaire purement privée relevant de la liberté de conscience et de la religion comme institution un phénomène de plus en plus marginal dans les sociétés ?

 

CONCLUSION

: RELIGION ET SUPERSTITION

En se mettant au-delà du champ de la rationalité ; donc, hors d’atteinte de toute critique, on comprend que la religion puisse être à la fois assimilée à l’obscurantisme (tout ce qui s’élève contre la diffusion des connaissances et de l’instruction dans le peuple) et engendrer le fanatisme. Car, du simple fait qu’elle repose sur l’indémontrable, la croyance religieuse peut devenir un instrument d’aliénation des consciences, au service d’un groupe qui use du moyen de la terreur pour forcer l’assentiment. Détournée de son but qui est d’unir les hommes en leur inspirant l’amour, elle devient le véhicule de la haine entre les hommes.

La foi est ainsi guettée par deux écueils symétriques : la superstition et le fanatisme. La superstition vient d’un désir illimité de biens extérieurs et d’une incapacité à savoir ce qu’il faut faire pour atteindre ces biens. D’où un besoin irrationnel de croire qui transforme tout fait en signe à déchiffrer là où il convient d’expliquer. C’est ainsi que Dieu devient, selon Spinoza, « un asile d’ignorance » Ethique, (Première Partie, Appendice) . A l’autre extrême, se trouve le fanatique qui refuse de douter et combat toute opinion contraire à ses convictions parce qu’il a peur d’être amené à constater qu’il ne peut que croire et non pas savoir avec certitude. Ces deux extrêmes nous permettent, en retour, de comprendre ce qu’est la foi authentique. C’est le doute surmonté par un acte de confiance. Ce à quoi on donne son adhésion correspond à un désir profondément ancré en l’homme que la raison ne saurait combler, n‘en déplaise à Freud.

Avoir la foi, c’est n’avoir ni l’assurance ni la garantie que Dieu existe; mais, c’est s’en remettre malgré tout à lui en pariant qu’il existe. C’est avoir conscience que ce qui a infiniment de sens pour l’homme peut ne pas être vrai.

 

 

 

 

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