Présentation

  • : Publication des cours de philosophie de Monsieur DUBOIS, enseignant

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WIKIPEDIA

Lundi 15 juin 1 15 /06 /Juin 13:25

INTRODUCTION :
Rechercher la vérité c'est croire qu'elle nous est accessible ; mais comment l'atteindre ? C'est croire aussi qu'elle nous est essentielle ; mais pourquoi l'est-elle ? Car, on peut aussi bien mettre en cause la possibilité d'atteindre le vrai et l'idée même de vérité que sa valeur. Dérobée au fond d'un puits, selon Démocrite, pourquoi vouloir pour elle y tomber ?

I VERITE ET OPINIONS.
A) Le pouvoir des mots : l'enseignement rhétorique des Sophistes
La philosophie s'est définie, dune manière durable, en Grèce au v et iv siècles av J.C, dans une opposition à la rhétorique ; et, le philosophe s'est efforcé de se démarquer de la figure d'un intellectuel désigné du nom de Sophiste ? Qu'est-ce que la rhétorique ? C'est l'art de composer, sur n'importe quel sujet, un discours brillant et digne d'être approuvé et c'est le sophiste qui enseigne cet art de manier les mots avec aisance et habileté. Dans quel but veut-on apprendre cet art du discours ? A Athènes, cité démocratique, celui qui sait parler, tient autrui en son pouvoir en le ralliant à sa cause, qu'elle soit bonne ou mauvaise. Les Sophistes ont, ainsi, codifié toutes les procédures rationnelles de raisonnement et toutes les ressources poétiques de la langue pour émouvoir autant que pour convaincre. Ce n'est pas la vérité qui les préoccupe ; mais, la manière dont on peut paralyser l'esprit critique d'autrui pour le faire tomber sous le charme de la persuasion. Indifférent à la vérité parce qu'il n'y croit pas, le Sophiste considère le langage comme instrument de pouvoir pour dominer autrui.
B) « Aller au Vrai de toute son âme » : le chemin difficile vers la Vérité
Pour Platon, nous naissons ignorants et nous tenons pour vrai ce que nous apprenons des autres et de nous-mêmes. Voilà ce que nous pouvons retenir de la description symbolique qu'il fait des hommes prisonniers au fond d'une caverne obscure. Mais nous pouvons dépasser ce pseudo-savoir, fait d'opinions et de croyances diverses et instables, et sortir de la caverne pour connaître vraiment ce qui est et la cause de ce qui est. Ce qui est ce sont les premiers principes des choses que Platon nomme « Formes » ou « Idées ». Elles sont, chacune, le modèle éternel et parfait des choses sensibles. Ces Idées intelligibles ont elles-mêmes pour cause l'Idée du BIEN. Pour Platon, ce n'est qu'après bien des efforts et en suivant une voie étroite et escarpée qu'on peut enfin espérer connaître la Vérité : d'abord se détacher de l'emprise qu'ont sur l'esprit les apparences ou les phénomènes sensibles en s'habituant à considérer les choses non pas selon leur multiples qualités toujours changeantes ; mais, selon leur quantité. Il faut comme c'est gravé dans le marbre de l'école que Platon a fondée : l'Académie ; « être géomètre » ; c'est-à-dire pratiquer les Mathématiques mais également la méthode qui nous permet de saisir par l'intelligence, ces Formes-modèles et leur Origine qu'est l'Idée divine du BIEN à quoi tout est suspendu.
Les Sophistes qui enseignent toutes les techniques de la parole persuasive considèrent au final , que plus une opinion fait consensus et plus elle est vraie. Socrate et Platon sont convaincus qu'il existe au-delà des opinions subjectives une vérité universelle accessible à tout homme désireux de la connaître et prêt à faire l'effort qu'elle exige.
La philosophie occidentale est née de la conviction qu'il existe une seule et unique Vérité et non des vérités propres à chacun. Quiconque partage cette conviction est admis à philosopher.

II) METHODE ET CRITERE DE LA VERITE.
A) Le doute méthodique cartésien.
Quand on recherche la vérité, dit Descartes, il faut suivre la règle suivante : tenir pour faux ce qui n'est pas absolument certain. Connaître une chose, en effet, ce n'est pas en avoir une idée vague, approximative ; c'est savoir qu'on la connaît sans qu'on puisse en douter. Par la fiction du Malin Génie rusé et puissant, Descartes met à l'épreuve d'un doute, porté à son comble, toutes ses pensées. Le Malin Génie ayant faussé ses cinq sens et sa raison, rend incertaines et donc fausses toutes ses connaissances antérieures. Quand on entreprend comme Descartes cette démarche, on tombe sur une évidence : je vois immédiatement comme certain qu'en doutant de tout, je ne peux douter de moi qui doute. Je saisis dans un acte simple de l'esprit (qu'on nomme intuition en philosophie) une évidence première qui est dénommée depuis Descartes : le Cogito.
B) L'évidence comme critère de la vérité.
En analysant réflexivement le Cogito, Descartes dégage les deux marques caractéristiques de l'idée vraie : sa clarté et sa distinction.
1) Une idée claire c'est une idée qui est immédiatement présente à l'esprit de celui qui la conçoit.
2) Une idée distincte, c'est une idée qui ne peut pas être confondue avec une autre.
Pour construire « l'édifice du savoir », il faut partir de vérités saisies par intuition, puis déduire les conséquences nécessaires qu'elles comportent. Pour Descartes, la méthode qui convient dans les sciences (intuition et déduction), c'est la démonstration telle qu'elle est mise exemplairement en œuvre dans les Eléments d'Euclide.
C) L'application de la méthode dans les Méditations Métaphysiques.
L'itinéraire suivi par Descartes dans les Méditations expose, par ordre, les étapes de construction de sa philosophie : 1°) je doute de tout ; 2°) je suis un être qui pense ; 3°) Dieu existe et garantit la vérité de nos idées claires et distinctes ; 4°) l'erreur naît quand la volonté affirme ou nie des idées que l'entendement n'a pas clairement conçues ; 5°) J'ai une idée claire de la matière comme d'une étendue géométrique ; 6°) le monde, mis en doute, existe tel que je le perçois et le conçois
Ou bien si l'on veut identifier la démarche de Descartes 1) la méthode du doute. 2) l'intuition du Cogito. 3) la démonstration de l'existence de Dieu. 4) l'origine de l'erreur. 5) l'essence de la matière. 6) le monde existe.

III) DEMONSTRATION ET INTERPRETATION.
A) L'idéal d'une science certaine.
La démonstration est définie comme : un mode de raisonnement qui déduit de prémisses admises comme vraies ou de propositions déjà elles-mêmes démontrées, une conclusion nécessaire. La démonstration aboutit donc à une certitude qui acquiert le statut de vérité, si les prémisses ne sont pas remises en question et si le raisonnement est valide ou correct. En mathématiques, on part de prémisses indémontrables (axiomes et/ou postulats) et on démontre d'autres propositions qui sont la conséquence nécessaire de ce qui a été admis comme points de départ. La vérité en mathématique ne s'évalue pas ou ne se juge pas selon sa conformité ou son adéquation avec un donné extérieur, comme c'est le cas des vérités empiriques ; mais selon le critère de non-contradiction ou de cohérence. Ce qui veut dire qu'en fait, on déduit des conclusions à partir de prémisses admises, qui, elles-mêmes, sont à leur tour, validées par le fait qu'on peut tirer d'elles des conclusions non-contradictoires.
Mais dans les sciences comme dans la vie quotidienne, nous ne procédons pas seulement par démonstration mais mêlons dans l'activité de notre esprit d'autres manières de raisonner qui n'ont pas la rigueur idéale des raisonnements démonstratifs. Pourquoi ne pouvons-nous pas tout démontrer ? Et convient-il de tout démontrer ?
B) Vérité et probabilité.
On ne peut pas tout démontrer ; car, il faut bien commencer par des prémisses admises.
Or, les prémisses sont admises 1°) ou par convention ou parce qu'elles sont évidentes en elles-mêmes ; 2°) parce qu'elles ont été établies par induction. Qu'est-ce que l'induction ?
L'induction est un mode de raisonnement qui généralise à tous les cas ce qui a été jusque là toujours constaté. Tous les corbeaux sont noirs aussi longtemps qu'on ne constate pas de corbeaux d'une autre couleur. Le philosophe écossais David Hume(1711-1776) a montré que l'induction présupposait la croyance, évidemment impossible à démontrer, en un ordre immuable de la nature où les phénomènes naturels obéissaient à des lois constantes. Bref, la conclusion du raisonnement inductif, selon Hume, n'est jamais que probable et non pas absolument certaine
C'est parce qu'il y a dans la plupart de nos raisonnements des degrés de probabilité, qu'il y a des zones d'incertitude. C'est pourquoi, dans la vie quotidienne, nous argumentons plus que nous démontrons. Argumenter, c'est donner des raisons qui puissent convaincre autrui que ce que nous disons est non seulement cohérent mais aussi vraisemblable dans la mesure où elle est mêlée d'interprétations. L'interprétation est à l'œuvre, non plus quand nous voulons établir une vérité définitive, absolue ; mais cherchons à donner un sens commun aux réalités qui nous entourent : notamment les actions et les pensées humaines qui semblent imprévisibles et que nous ne parvenons pas à expliquer totalement. Cependant, nous pouvons les comprendre, les interpréter. (Interpréter certains phénomènes psychiques : le rêve, le lapsus, certains symptômes chez Freud ; interpréter un texte ; un comportement ; une œuvre d'art etc...) Interpréter c'est produire un discours qui a du sens, c'est-à-dire qui propose un lien entre les diverses réalités dans lesquelles nous sommes immergés.
La démonstration explique ; l'interprétation veut comprendre et l'argumentation cherche à faire comprendre à autrui.

IV) POURQUOI VOULONS-NOUS LA VERITE ?
A) Vérité et Véracité (caractère de celui qui ne trompe pas ou qui a l'habitude de dire la vérité)
Pourquoi le mensonge, dans les rapports humains, est-il condamnable ?
Mentir pervertit ce qui est cœur de notre humanité, c'est-à-dire la communication par le langage avec nos semblables et la confiance réciproque. Mais dire la vérité sans se soucier de la façon dont elle sera reçue c'est encore une forme de tromperie. L'exigence de véracité envers autrui ne réside donc pas simplement dans le fait de dire ce qui est matériellement exact. Le souci de la vérité consiste à faire en sorte que l'interlocuteur tel qu'il est, dans sa différence comprenne sa situation et puisse l'affronter selon ses capacités.
L'exigence de vérité ne doit pas, par conséquent, supplanter d'autres valeurs telle que la dignité de l'autre ou sa liberté. La pudeur nous retient, à juste titre, d'exprimer des sentiments blessants que nous pouvons éprouver. C'est seulement vis à vis de soi-même qu'on peut exiger la vérité sans précaution.
Lorsque nous nous mentons à nous mêmes, nous nous dupons nous mêmes. Par complaisance envers nous mêmes, pour ne pas voir la vérité qui nous dérange, nous nous livrons à la mauvaise foi. Pour être sincère, il ne suffit pas de dire ce qu'on croit vrai, ni d'agir conformément à nos convictions. Car nos opinions peuvent exprimer nos préjugés. Notre sincérité se mesurera à l'encontre de nos propres certitudes et à notre aptitude à entendre les raisons de l'autre afin que des vérités différentes puissent coexister.
B) Le fétichisme du vrai
Nietzsche est, parmi les philosophes, celui qui s'interroge moins sur la vérité que sur ce qu'elle représente pour les hommes qui la mettent au-dessus de tout. En se demandant quelle est la « valeur » de cette valeur, il soupçonne que la prétendue quête désintéressée de l'objectivité chez le philosophe et le savant, trahit un besoin d'être rassurés dans un monde où tout est profondément instable, changeant, variable et chaotique. Il est symptomatique que le philosophe PLATON, dans le livre X de La République, condamne les artistes et dévalue l'art comme mensonge, tromperie, illusion s'il n'a pas en vue l'éducation morale des citoyens. PLATON n'accepte la fiction de l'art que si, par ce moyen, on peut rendre plus vertueux les hommes. Mais, seule la philosophie peut permettre de sortir du monde ténébreux de la caverne et faire connaître et contempler le monde parfait et éternel des Idées intelligibles éclairées par l'Idée du Bien, fondement ultime de toute réalité.
Cette volonté de la vérité à tout prix est, selon NIETZSCHE, un refus d'assumer ce qu'a d'essentiellement absurde et tragique la condition humaine qu'il appartient à l'art, par sa puissance d'enchantement et d'embellissement de rendre supportable. « Nous avons besoin de l'art pour ne pas mourir de la vérité ». Le vrai courage, c'est de ne pas faire de la vérité une idole et savoir que nous avons affaire à une réalité complexe et riche où la subtilité des nuances est plus profonde que la clarté et l'évidence des constructions théoriques de la science.

CONCLUSION
Pour progresser dans la connaissance de la réalité et trouver un accord entre les hommes, il faut distinguer les opinions sans fondement et celles auxquelles on a raison de faire confiance. Parmi ces dernières, les connaissances établies selon des règles et soumises à des vérifications sont tenues pour des vérités objectives. Il est nécessaire de ne pas faire de la vérité une idole, ni se mentir à soi-même et aux autres.

 

 


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