La Psychanalyse et l'Inconscient

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FAUT-IL AVOIR PEUR DE L'INCONSCIENT?

INTRODUCTION : BERGSON (1859-1941) écrit dans Matière et Mémoire " l'idée d'une représentation inconsciente est claire. En dépit d'un préjugé répandue, on peut même dire que nous en faisons un usage courant et qu'il n'y a pas de conception plus familière au sens commun". L'inconscient pour BERGSON, c'est un réservoir de perceptions et de souvenirs que le cerveau enregistre automatiquement au fil du temps et dont la conscience sélectionne ceux qui lui sont utiles pour éclairer l'action présente. L'inconscient est donc pour BERGSON ce qui n'étant pas actuellement utile est rejeté dans l'oubli comme superflu.

Avant BERGSON, c'est LEIBNIZ qui juge nécessaire d'admettre contre les cartésiens qu'il y a dans l'esprit des perceptions trop petites pour être aperçues et dont la sommations permet d'atteindre le seuil d'intensité propre à un phénomène conscient. Ainsi, pour LEIBNIZ, il n'y a pas d'aperception (=conscience) sans petites perceptions ( perceptions inconscientes). Dans ses "Nouveaux Essais sur L'Entendement Humain", il écrit " pour juger encore mieux des petites perceptions que nous ne saurions distinguer, j'ai coutume de me servir de l'exemple du mugissement ou du bruit de la mer dont on est frappé quand on est au rivage. Pour entendre ce bruit comme l'on fait, il faut bien qu'on entende les parties qui composent ce tout, c'est à dire le bruit de chaque vague, quoique chacun de ces petits bruits ne se fasse connaître que dans l'assemblage confus de tous les autres ensemble et qu'il ne se remarquerait pas si cette vague qui le fait, était seule. Ces petites perceptions sont donc de plus grande efficace qu'on ne pense".

Chez BERGSON comme chez LEIBNIZ, l'inconscient est un concept négatif qui désigne ce qui n'est pas encore conscient, par défaut d'intensité ou ce qui n'est plus conscient, par défaut d'intérêt ou de sens. Mais avec FREUD, l'Inconscient n'est plus seulement ce qui n'est pas conscient mais ce qui produit, en vertu d'un fonctionnement qui lui est propre, des effets psychiques vécus comme étranges voire étrangers à la conscience. L'Inconscient est alors l'altérité au coeur de l'identité qui risque, à tout moment, d'envahir le sujet et de le déposséder de sa lucidité et de sa souveraineté. Aussi y a t-il lieu de se demander s'il ne faut pas avoir peur de cet part de soi-même qui semble échapper à toute maîtrise?

I SUR LA VOIE D’UN INCONSCIENT PSYCHIQUE.

A) A l’origine de la psychanalyse : l’hystérie.

Tout commence dans les dernières années du 19ème siècle par l’attention que FREUD porte à une jeune fille, Anna O., suivie par le docteur BREUER avec lequel FREUD va collaborer un temps. Les symptômes dont souffre la jeune fille sont apparus alors qu’elle soignait son père d’une maladie grave à laquelle il devait succomber : toux, troubles des yeux, anorexie, impossibilité de boire, états mentaux d’absence, de délire, d’altération de la personnalité, paralysie.

Sous hypnose, BREUER parvient à lui faire faire le récit des événements pénibles liés à la maladie et à la mort de son père; évènements qu’elle revécut en exprimant des émotions qu’elle avait alors voulu contenir, avec ce résultat étonnant : chaque symptôme, rapporté à la circonstance traumatique, disparaît, entraînant une amélioration de l’état d’Anna O.

Cependant, la guérison fut de courte durée, mais de la réflexion sur ce cas allait résulter une découverte qui n’a pas fini d’être discutée : si la jeune fille ne pouvait pas, hors hypnose, se souvenir des traumatismes à l’origine de ses symptômes, c’est qu’ils étaient inscrits ailleurs que dans la conscience.

L’hypothèse d’une dissociation du psychisme en Conscient et Inconscient devenait nécessaire ainsi que la mise au point d’une méthode d’accès à cet Inconscient : la psychanalyse.

B) Le concept central de « refoulement » .

FREUD abandonne la méthode inefficace de l’hypnose pour celle de la suggestion avec pression de la main sur le front du patient. Avec le concours du médecin, les souvenirs pathogènes (responsables des troubles) trouvent accès dans la conscience et au-delà d’eux, d’autres souvenirs plus lointains liés à un  « traumatisme originaire ». Mais pour y parvenir, il faut vaincre chez le malade une résistance très vive à la réintégration, dans la conscience, de ce qui a été oublié.

Ce qui conduit FREUD à reconnaître l’existence de forces qui ont provoqué cet oubli et ont refoulé les incidents pathogènes. Ce processus de rejet, hors de la conscience, FREUD le nomme « refoulement ». Pourquoi se produit-il et sur quoi se produit-il, c’est ce que FREUD va établir en écoutant ses patients.

C) Le rôle majeur de la sexualité dans l’étiologie des névroses.

FREUD va mettre au point une autre technique sur laquelle il ne reviendra plus : la technique des associations libres ou recherche des idées incidentes. Pour l’essentiel il s’agit de laisser parler librement les patients. Dans ce qu’ils disent, comme dans ce qu’ils taisent, les patients révèlent régulièrement le facteur sexuel dans la formation de leurs névroses; plus précisément le lien entre leur état actuel et l’histoire du développement de leur sexualité infantile. Avec FREUD, un mythe tombe, celui d’une innocence de l’enfant pour les « choses sexuelles ».Car, ce que l’analyse des névrosés met en lumière, c’est le développement par phases de la pulsion sexuelle ou « libido » qui peut être ainsi retracé :

- de la naissance à l’âge d’un an environ, l’enfant éprouve ses premières jouissances dans l’excitation rythmique des muqueuses buccales : le suçotement. Très vite, apparaît le plaisir de mordiller, manière pour l’enfant de s’approprier le sein maternel, premier objet de son désir. Cette étape, caractérisée par l’appui de la pulsion sexuelle sur la fonction de nutrition, FREUD la nomme : stade oral de la libido.

- entre deux et trois ans, le plaisir est essentiellement lié à l’emprise que l’enfant exerce sur la fonction excrémentielle en donnant ou retenant ses matières fécales : c’est le stade sadique-anal.

- à partir de trois ans environ, l’enfant découvre son corps et s’y intéresse. Le plaisir est lié aux organes génitaux mais aussi à la souffrance que l’on donne ou à celle que l’on reçoit, au plaisir de se montrer ( exhibitionnisme) comme à celui de voir (voyeurisme) . C’est à ce stade que FREUD nomme « phallique », que l’enfant prend le parent de sexe opposé comme objet de désir et entre en rivalité avec celui du même sexe : c’est le fameux «complexe d’OEDIPE », crucial, selon FREUD pour le devenir de tout être humain.

- puis la sexualité est mise en sommeil, c’est la période dite de « latence » essentielle pour la socialisation de l’enfant qui intériorise les interdits parentaux et sociaux et développe les sentiments de honte, de pudeur, de dégoût qu’il ignorait jusque là et qui contiennent ce qui doit être refoulé.

- à l’âge de la puberté ( 12-13ans environ), la sexualité se réveille à nouveau, mais elle trouve dans les réactions et les résistances constituées dans la phase précédente, des digues qui la canalisent vers les zones génitales qui entrent alors au service de la fonction de reproduction.

Cette histoire très complexe du développement de la libido, tous ne la parcourent pas sans dommage. Dans la prime enfance, des traumatismes divers peuvent provoquer soit une régression du plaisir sexuel vers un stade dépassé de la libido, soit une fixation qui représente un point faible dans la structure de la fonction sexuelle. C’est à ces points que pourra, à l’age adulte, se rompre le refoulement. Un traumatisme quelconque (échec amoureux ou social, mort d’un proche) favorisera le retour des tendances refoulées mais sous une forme déguisée, méconnaissable, de symptômes névrotiques.

II LES STRUCTURES DE L’INCONSCIENT : LES DEUX TOPIQUES FREUDIENNES.

On appelle topique la représentation sous forme spatiale, plus précisément sous forme de lieux (du grec topos : lieu), des parties du psychisme humain. Cette représentation est purement métaphorique, et ces « lieux » n’ont aucun soubassement neurologique.

A) La première topique.

L’appareil psychique se diviserait en deux systèmes ne possédant pas les mêmes propriétés. Dans l’un des systèmes, les pensées auraient pour propriété d’être conscientes ou de pouvoir l’être. FREUD nomme ce système : le système préconscient/conscient. Dans l’autre, le système Inconscient, elles seraient dans un état inconscient et ne changeraient d’état qu’à condition de passer dans le premier système. Entre les deux systèmes, se trouverait un barrage nommé « censure »chargé de contrôler ce qui peut ou ne peut pas accéder à la conscience. Cette première topique identifie le refoulé avec l’inconscient et le moi avec le préconscient/conscient. Mais nous allons voir que FREUD ne s’en satisfera pas.

B) La deuxième topique.

Au début des années 1920, FREUD construit une nouvelle division du psychisme qui ne recoupe pas la première en distinguant trois instances : le Ça, le Moi et le Surmoi.

1) Le Ça : est le réservoir des pulsions inconscientes, forces impersonnelles, décousues, anarchiques qui naissent à la frontière du somatique* et du psychique et dont le but est d’obtenir la satisfaction immédiate. Le Ça ne fonctionne que selon "le principe du plaisir/déplaisir", c’est pourquoi il ne connaît pas la contradiction : « des émotions contradictoires y subsistent sans se contrarier ». Il ne connaît pas la négation, ni le temps, ni la mort : « les désirs sont virtuellement impérissables ».

Il est possible de détourner, refouler ou sublimer* une pulsion, mais non de la détruire. Il ignore l’opposition du Bien et du Mal, propre à la morale. A ces pulsions primitives, il faut adjoindre les pulsions ultérieurement refoulées. Dans la deuxième topique, le Ça ne s’identifie plus aux forces refoulées, son domaine est plus étendu.

*somatique : qui concerne le corps, qui provient de causes physiques.

*sublimer : transposer consciemment ou non ses pulsions sur un plan supérieur de réalisation (par exemple dans l’art ou dans le sport etc...)

2) Le Moi : en tant qu’il a le contrôle des mouvements volontaires, il est chargé d’adapter le sujet dans son unité organique et psychique, à la réalité. Mais il est pris entre deux exigences contraires : l’adaptation au monde extérieur (principe de réalité) et la maîtrise des forces inconscientes (régies par le principe de plaisir). le Moi, chargé de satisfaire ou de résister aux pulsions ne peut plus s’identifier au Conscient de la première topique. Car si la partie chargée de s’adapter à la réalité est consciente et utilise les souvenirs déposés par l’expérience (préconscients) une partie des mécanismes du Moi, ceux par lesquels il se défend contre les pulsions intérieures, est inconsciente.

3) Le Surmoi : c’est l’héritier du complexe d’Œdipe*; il est à la fois issu de l’intériorisation des règles morales extérieures prescrites par les parents et les éducateurs et de l’intériorisation de l’image des parents , non pas tels qu’ils sont, mais tels qu’ils apparaissent à l’enfant et tels qu’ils ont été eux-mêmes modelés par leur propre Surmoi. « Le Surmoi de l’enfant ne se forme pas à l’image des parents, mais bien à l’image du Surmoi de ceux-ci ». Des tendances trop sévères de la censure du Surmoi peuvent se transformer en véritable agression contre l’individu lui-même .

Le noyau du Surmoi forme donc un ensemble tout aussi obscur et tout aussi inconscient que les pulsions du Ça.

*Complexe d’Œdipe : très schématiquement, attachement érotique de l’enfant le plus souvent au parent du sexe opposé.

Le passage de la première à la seconde topique s’explique ainsi :

- par la nécessité de reconnaître un réservoir de forces instinctivement plus primitives que les désirs refoulés

- que les processus de refoulement* sont eux-mêmes inconscients, et donc ne peuvent être expliqués par le système Conscient

- enfin, la prise en compte de certaines forces agressives retournées contre l’individu lui-même (sentiment de culpabilité, autopunition) obligent à modifier la nature des instances psychiques et à reconnaître une pulsion de mort (Thanatos) à côté d'une pulsion de vie (Eros).

*Refoulement : phénomène inconscient de défense par lequel sont rejetées dans l’Inconscient (le « Ça ») les pulsions opposées aux exigences du Surmoi.

III LES PREUVES DE L’INCONSCIENT.

A) L’hypothèse de l’Inconscient est nécessaire et légitime.

La psychanalyse a suscité une forte réaction de rejet. Cependant selon FREUD, l’existence d’une pensée fonctionnant selon des règles radicalement distinctes de celles auxquelles est soumise la pensée consciente permet seule de comprendre non seulement les phénomènes psychiques pathologiques mais encore un nombre de phénomènes psychiques qui sont en apparence absurdes, incohérents, privés de signification et que tout homme sain et normal exprime.

Ces phénomènes sont :

1) Les actes manqués (quant au but) : les lapsus, erreurs de lecture, maladresses, perte ou bris d’objets, oublis momentanés de mots, d’idées. Les actes manqués selon FREUD ne sont pas dus à la fatigue ou à l’inattention, ils témoignent d’un désir inconscient qui interfère avec ce qu’on voudrait consciemment dire ou faire.

2) Les actes symptomatiques, actes accomplis machinalement : fredonner, tripoter ses vêtements, se tirailler les cheveux. Ces petits faits de la vie quotidienne expriment aussi des intentions qui ont leur source dans des désirs et des complexes refoulés.

3) Les rêves : accomplissements voilés de désirs refoulés dont l’étude est la  « voie royale qui mène à l’Inconscient ».

4) Les symptômes névrotiques : angoisse, phobie, obsession, manie, délire. Ce sont souvent des comportements absurdes dont la signification reste cachée à celui-là même qui les accomplit. FREUD établit qu’ils satisfont de manière détournée et imaginaire des pulsions inconscientes exactement comme les rêves. Pour contourner la barrière que le moi dresse contre leur irruption, les pulsions inconscientes vont s’exprimer sous la forme déguisée du symptôme. Leur retour dans la conscience se paye au prix fort puisque le sujet impuissant se sent aliéné par des pensées qu'il ne maîtrise plus et angoissé s'il n'accomplit pas certains actes dont la signification lui échappe. ( des tocs )

B) La cure : une vérification expérimentale de l’hypothèse de l’Inconscient.

Le but de la cure c’est de rendre au patient une partie de sa propre histoire qui n’a pas été intégrée harmonieusement par le sujet en transformant ce qui a été refoulé en pré-conscient pour le rendre de nouveau conscient. Le moi du névrosé est en effet un moi affaibli, son activité est bridée par les interdictions du Surmoi (sentiment très fort de culpabilité); son énergie s’épuise en efforts vains pour contrer les exigences du « ça ». Il est donc incapable de réaliser une synthèse harmonieuse de lui-même. Au cours du traitement, un rapport privilégié s’instaure entre le psychanalyste et le patient : le transfert. Le patient se conduit envers son psychanalyste comme il s’est conduit dans son enfance par rapport à des personnes de son entourage. Il déplace sur lui des émotions, des fantasmes éprouvés dans son enfance pour ses parents ou pour ses proches. Si l’analyste parvient à ramener dans le conscient ce qui a été refoulé, alors le conflit psychique que le malade voulait éviter peut trouver une issue favorable : faire évanouir conflits et névroses.

Les succès de la cure psychanalytique sont pour FREUD une confirmation incontestable de l’hypothèse d’un inconscient psychique.

CONCLUSION :

L’hypothèse d’un Inconscient psychique est selon FREUD, « nécessaire et légitime »; pourtant, nombreux sont ceux qui ont pointé les incohérences théoriques de la doctrine et les implications pratiques discutables qu’elle permet.

D’une part, en effet, si l’Inconscient psychique doit se déformer pour contourner la censure, il doit être à la fois conscient de lui-même et conscient de ce que la censure peut ou non tolérer. La contradiction devient flagrante entre ce que FREUD nous dit être le contenu de l’Inconscient :soubassement impersonnel de l’individualité psychique où bouillonnent les pulsions vitales primaires et la haute intelligence qu’il est nécessaire de lui présupposer.

D'autre part, si l’Inconscient détermine, à notre insu, les choix que nous faisons, ne sommes-nous pas tentés de refuser d' assumer certains de nos actes? L’Inconscient devient alors l’alibi facile pour se déresponsabiliser de ce que nous avons fait. ALAIN considère que l’Inconscient freudien n'est que l'avatar des croyances les plus anciennes de l’humanité; la résurgence moderne du mythe de la possession par un double maléfique qui me décharge du poids de ma culpabilité.

La psychanalyse apparaît aux uns (par exemple SARTRE) comme une théorie insuffisamment cohérente et à d’autres comme un mythe qui interprète grossièrement des faits qui relèvent d’une simple causalité physique : le corps. Sur ce point particulier, je n’apprécie ni ALAIN, ni SARTRE. A chacun d’en juger après lecture de ces deux textes

"Il faut éviter ici plusieurs erreurs que fonde le terme d'inconscient. La plus grave de ces erreurs est de croire que l'inconscient est un autre Moi ; un Moi qui a ses préjugés, ses passions et ses ruses; une sorte de mauvais ange, diabolique conseiller. Contre quoi il faut comprendre qu'il n'y a point de pensées en nous sinon par l'unique sujet "Je"; cette remarque est d'ordre moral. Il ne faut pas se dire qu'en rêvant on se met à penser. Il faut savoir que la pensée est volontaire ; tel est le principe des remords : " tu l'as bien voulu!" On dissoudrai ces fantômes en se disant simplement que tout ce qui n'est point pensée est mécanisme, ou encore mieux, que ce qui n'est point pensée est corps, c'est à dire chose soumise à ma volonté ; chose dont je réponds (...) . L'inconscient est donc une manière de donner dignité à son propre corps ; de le traiter comme un semblable ; comme un esclave reçu en héritage et dont il faut s'arranger. L'inconscient est une méprise sur le Moi, c'est une idolâtrie du corps.

ALAIN : Elèments de philosophie,II, 16,note,"Idées,Gallimard

Si, en effet, nous repoussons le langage et la mythologie chosiste de la psychanalyse, nous nous apercevons que la censure, pour appliquer son activité avec discernement, doit connaître ce qu'elle refoule. Si nous renonçons en effet à toutes les métaphores représentant le refoulement comme un choc de forces aveugles, force est bien d'admettre que la censure doit choisir, et, pour choisir se représenter. D'où viendrait autrement, qu'elle laisse passer les impulsions sexuelles licites, qu'elle tolère que les besoins (faim, soif, sommeil) s'expriment dans la claire conscience? Et comment expliquer qu'elle peut relâcher sa surveillance, qu'elle peut même être trompée par les déguisements de l'instinct? Mais il ne suffit pas qu'elle discerne les tendances maudites, il faut encore qu'elle les saisisse comme à refouler, ce qui implique chez elle à tout le moins une représentation de sa propre activité. En un mot, comment la censure discernerait-elle les impulsions redoutables sans avoir conscience de les discerner? Peut-on concevoir un savoir qui serait ignorance de soi? SARTRE L'Etre et le Néant

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