Le Sujet, la conscience et l'Inconscient

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INTRODUCTION

Parce qu'il est un être vivant, l'homme poursuit les fins de la nature : se conserver et se reproduire. Sa vie ne saurait pourtant se réduire ni à sa conservation, ni à la conservation de l’espèce.

Recevoir la vie, la donner, puis céder sa place, c’est là le programme monotone de la vie. Mais, quand, sur ce programme, se superpose la conscience, apparaît la question du sens et de la valeur de la vie. L’on entre alors dans le plan de l’existence humaine. SCHOPENHAUER écrit « Excepté l’homme, aucun être ne s’étonne de sa propre existence, c’est pour tous une chose si naturelle qu’ils ne la remarquent même pas ».

Exister ce n'est pas simplement vivre, c'est s'étonner de vivre. Cet étonnement n'est possible, que parce que l'homme est nature et esprit. Par son corps, il appartient à la nature mais par sa pensée, il appartient au monde de l’esprit. Cette double appartenance dédouble l’homme : il vit et il sait qu’il vit. Ce savoir qui l’accompagne quotidiennement du réveil jusqu’au sommeil est désigné fort justement du terme de con-science (formé sur les deux mots latins "cum" et "scientia"= avec savoir ou accompagné de savoir).

Si la conscience est la condition nécessaire d'un questionnement sur soi-même, peut-elle conduire à la connaissance de soi? Bref, suffit-il d'être conscient de soi pour se connaître vraiment?

 

I) LES CONDITIONS DE LA SUBJECTIVITE

 

A) Analyse des différentes formes de la conscience:

On distingue la conscience liée à la pensée et celle liée à l'action. La première est la conscience psychologique ; la seconde est la conscience morale.

La conscience psychologique peut être immédiate ou réfléchie; exactement comme un rayon de lumière peut être renvoyé par un miroir vers la source d'où il est parti. Ainsi, la conscience qui nous met directement en rapport avec le monde, les autres et soi-même est immédiate. Mais quand elle revient sur elle-même et se prend comme objet de réflexion, elle est réfléchie.

Le retour sur soi de la conscience ouvre la possibilité de prendre connaissance de ses actes et d'en juger la valeur morale. On dit, par exemple, qu'on a "mauvaise conscience" quand on sait qu'on a mal agi ou qu'on est devant un "cas de conscience" quand on connaît un conflit de devoirs. La conscience est ici morale. Dans certaines langues comme l'anglais ou l'allemand, la conscience psychologique (Bewusstsein et awarness) et la conscience morale (consciousness et Gewissen) sont désignées par des mots distincts. Le français est moins précis mais plus logique. En effet, il n'y aurait pas de conscience morale si nous ne pouvions pas prendre du recul par rapport à nous-mêmes.

 

B) L'identité personnelle:

Etre un sujet suppose le pouvoir d'unir différents états mentaux : sensations, émotions, images, souvenirs, idées etc... en une seule et même expérience. Si je ne parvenais pas à faire la synthèse de cette diversité, je ne vivrais pas une existence unique et identique à travers le temps, mais une succession d’impressions fugitives qui n'aurait aucun lien entre elles. Or, ce qui permet de poser le multiple comme un, c'est la capacité de se penser en première personne. C'est donc au moyen du pronom :« je ». que se manifeste la subjectivité.

Avoir conscience d'être l'initiateur de ses actes et de ses pensées c'est se distinguer des choses inertes et des animaux et revendiquer le statut d'un être capable de conduire librement sa vie en répondant de ses actes et de ses pensées devant les autres.

Si être un sujet c'est accéder à la conscience de soi et si on ne le peut qu'en ayant compris la fonction grammaticale du pronom "je", faut-il en déduire que l'identité de chacun n'est qu'un effet de langage et qu'au fond la seule véritable identité du sujet c'est son identité sociale? Quelle est donc la réalité du sujet? Suis-je autre chose que l'ensemble des caractéristiques qui me sont attribuées du fait de mon appartenance sociale et qui forment mon identité. Qui suis-je donc?

 

 

II) LE SUJET COMME SUBSTANCE

 

A) L’identité de la conscience et de la pensée

 

1) la méthode du doute :

Tant qu’on n’a pas mis en doute ses propres pensées, on ne peut rien savoir de certain; car,on ne peut considérer une idée comme vraie que si, à son propos, le doute est impossible. Pour savoir quelles sont les idées dont on ne peut douter, il faut qu'elles aient résisté à l'épreuve d'un doute radical; alors seulement nous pourrons les admettre comme des vérités absolument certaines. Pour faire du doute une méthode efficace, il convient de l'appliquer aux principes dont dérivent toutes nos connaissances; car si les principes sont douteux, c'est tout le savoir qu'on a construit dessus qui devient douteux

Tout ce que nous connaissons, nous le connaissons soit des sens ou par nos sens ; soit par la raison. Nos connaissances ont donc deux sources : la sensibilité qui est la capacité de recevoir des impressions du monde extérieur et la raison qui est la faculté active de relier des idées générales (ou concept) dans des jugements et de construire des raisonnements logiquement valides et vrais; c'est à dire, adéquats à la réalité. Par ex: la chaleur dilate les métaux est un jugement reliant deux concepts exprimant une relation constante entre deux types de phénomènes

A l'aide de deux arguments que sont les illusions perceptives et le rêve, DESCARTES estime être incapable de prouver que ce qu'il pense être la réalité n'est pas un rêve. Or, si ce qui est douteux doit être tenu pour faux alors le monde est une illusion. Ensuite, il va supposer que sa raison a été faussé par un Dieu trompeur. Les vérités les plus simples, les plus évidentes, les plus infaillibles deviennent,à leur tour, douteuses. Et pour radicaliser encore son doute, DESCARTES va forger la fiction qu'il est la créature d'un être qui prendrait un malin plaisir à toujours le tromper : le Malin Génie. A présent tout est faux et je dois suspendre tout jugement. 2) L'évidence du "cogito" :

Si par la fiction du Malin Génie tout devient faux et si ce qui est douteux doit être rejeté comme faux, il y a cependant quelque chose qui ne peut pas être mis en doute et qui va constituer la première de toutes certitudes. En effet, le Malin Génie ne peut pas me faire croire que je n'existe pas s'il me trompe. Ce qui veut dire ceci : en doutant de tout, je ne peux pas douter de moi qui doute. Je doute, je pense, je suis. Penser, être conscient et exister sont pour le sujet une seule et même intuition qu'on nomme, depuis DESCARTES, le "cogito". Pour DESCARTES, on a une immédiate connaissance de tout ce que nous pensons. C’est pourquoi DESCARTES donnera la définition suivante de la pensée dans Les Principes de la Philosophie : « par le nom de PENSEE, je comprends tout ce qui est tellement en nous que nous en sommes immédiatement connaissant. »

 

B) La distinction de l’âme et du corps.

 

1) La pensée est l'essence de l'âme:

En philosophie, l'essence est ce qui donne la définition d'une chose ou d'un être par son attribut principal et permanent.

Douter, c'est penser et penser, c'est être. Je suis sûr que je suis parce que je pense, mais je ne sais pas encore ce que je suis. « Qu’est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense c’est-à-dire, un esprit, une âme, une raison… ».

DESCARTES passe ainsi, de l’affirmation légitime de sa propre existence en tant qu’il pense à une autre affirmation, celle-là illégitime, qu’il est une chose qui pense. Ce passage entraîne deux conséquences :

1) une chose qui pense est une chose qui est distincte du corps et en est indépendante.

2) ce qu'elle pense, elle en a une immédiate connaissance. Ce qui revient à dire qu'il n'y a pas en elle de pensées dont elle n'aurait pas conscience. (ces deux conséquences de la philosophie de DESCARTES vont être la cible d’objections constantes qui vont montrer qu’il ne suffit pas d’être conscient de soi pour avoir la connaissance de toutes ses pensées.)

 

2) Le dualisme de l'âme et du corps.

L’homme est fait de l’union de deux substances : une substance spirituelle et une substance matérielle. une substance, chez DESCARTES, c'est quelque chose qui subsiste par soi-même ou qui n’a pas besoin d'une autre chose pour pouvoir être clairement pensé ; en toute rigueur, seul Dieu mériterait ce nom.

Chaque substance a un attribut principal qui en définit l’essence, (-à-dire ce sans quoi une réalité ne serait pas ce qu’elle est. Par exemple, l'essence d’un corps matériel c'est son extension dans l'espace ou sa tridimensionnalité; tandis que l’essence de l’âme c'est la pensée.

Aucune propriété d'un corps ne peut appartenir à la pensée,et inversement, aucune propriété de la pensée ne peut appartenir à un corps. Le moi, par essence, immatériel ne saurait donc occuper d’ espace que par son union accidentelle à une portion de matière : son propre corps.

Il faut donc affirmer une hétérogénéité radicale entre le mental ou le psychique d'un côté et le matériel ou le physique de l'autre. Comment donc DESCARTES peut-il concevoir leur union dans l'homme?

3) L'union mystérieuse et incompréhensible de l'âme et du corps

Selon DESCARTES, nos idées claires et distinctes sont toujours vraies. Si donc nous concevons clairement et distinctement la séparation de l'âme et du corps c'est que l'âme et le corps sont vraiment séparés. Mais c'est alors leur union qui devient incompréhensible. Or, bien que nous ne puissions pas la concevoir clairement , nous la vivons quotidiennement. Nous expérimentons l'union intime qui existe entre notre âme et notre corps quand nous rougissons de honte par exemple ou bien quand nous opposons à l'inertie de la paresse ou de la fatigue du corps, la force mentale de la volonté. La philosophie des idées claires de DESCARTES s'achève par un constat peu satisfaisant pour l'esprit : celui d'une mutuelle influence de deux réalités qui n'ont pourtant rien de commun entre elles mais qu'il faut se contenter de vivre sans se prendre la tête. (CF La lettre à Elisabeth.)

Transition

Les deux thèses de la philosophie cartésienne 1-la distinction métaphysique de l’âme et du corps et leur union empirique mystérieuse, 2-la transparence de la conscience à elle-même, vont être la cible d’objections constantes. Il revient à FREUD de révéler l’abîme d’obscurité que l’homme est pour lui-même puisque l’idée- force de la psychanalyse c’est de contester l’identité de la conscience et de la pensée et de mettre en lumière l’activité d’une pensée inconsciente, rebelle à la volonté de maîtrise du sujet.

 

III) LA MISE EN QUESTION DU SUJET

 

A) "L'intentionnalité" de la conscience (=toute conscience est conscience de...)

 

1) conscience de soi et connaissance de soi

La conscience de soi n'est pas une connaissance adéquate de soi-même. C'est plutôt une connaissance partielle et partiale de soi-même qui méconnaît son rapport de dépendance à l'égard des causes réelles qui la déterminent pour le renverser. Cette ignorance engendre spontanément certaines illusions. Une illusion n'est pas seulement une erreur qui est une pensée fausse qui s'écarte de la vérité ou de la réalité, c'est une image de la réalité qui a été déformée pour la rendre conforme à nos désirs. Freud écrit dans  l’Avenir d’une Illusion (1927 ), « nous appelons illusion, une croyance quand, dans la motivation de celle- ci, la réalisation d’un désir est prévalente, et nous ne tenons pas compte ce faisant, des rapports de cette croyance à la réalité. »

Une illusion est donc difficile à détruire parce qu'elle ne peut être démentie par la réalité. Bien qu'elle soit triplement dépendante à l'égard du langage, du corps et de la société, la conscience a l'illusion d'être auto-suffisante et transparente à elle-même. Elle ne voit pas que ce qu'elle pense est "prédéterminée" par les catégories de la langue qui lui impriment une vision particulière du monde. Elle ne voit pas mieux l'emprise qu'a l'idéologie sur ses propres idées et qui est, selon MARX, l'expression déformée des intérêts de la classe économiquement dominante. Elle ignore aussi bien les processus inconscients par lesquels les pensées parviennent dans la conscience. A cet égard, la philosophie de la souveraineté de la conscience de DESCARTES semble être emblématique de tous les pièges dans lesquels le sujet peut se prendre.

 

2) Repenser le Sujet avec HUSSERL

Ainsi, dans la philosophie de DESCARTES, c'est en partant du fait irrécusable de la conscience que DESCARTES entreprend de retrouver ce que le Malin Génie a fait disparaître : le monde et l'existence d'autrui. Mais pour sortir de l'isolement solipsiste dans lequel il s'est enfermé (solipsisme : de solus ipse = soi seul comme existant), DESCARTES a besoin de prouver l'existence de Dieu pour lui garantir que le monde et ses semblables ne sont pas dans sa conscience mais que c'est sa conscience qui est dans le monde. Or, c'est parce que je pense le monde que je peux prendre conscience de moi-même et non l'inverse. La conscience ne peut que penser à partir de quelque chose déjà la précède. Ce qui veut dire que la conscience n'est pas une chose, une substance repliée sur elle-même; mais elle est l'acte d'un être qui s'ouvre au monde et aux autres. La conscience est, selon le philosophe HUSSERL, intentionnelle c'est à dire qu'elle est toujours conscience de quelque chose. Dans cette ouverture, l'être conscient s'appréhende comme temporalité; c'est à dire, comme un être qui n'est rien d'autre que la somme de ses actes qu'il pose en articulant le passé au présent, le présent à l'avenir pour dessiner peu à peu la figure singulière, unique, originale de soi. L'homme n'est donc pas un simple être vivant ni même un sujet ; c'est fondamentalement un existant qui a la charge de se faire lui-même aussi longtemps qu'il est en vie.

 

C) Le décentrement de la conscience : l'hypothèse d'un Inconscient psychique

(CF cours sur la psychanalyse sur le blog)

Très souvent dans son oeuvre, Freud situe la psychanalyse dans le prolongement de deux grandes révolutions scientifiques: la révolution copernico-galiléenne et la révolution darwinienne. Elles ont infligé à l'orgueil narcissique de l'homme une profonde blessure, mais ont néanmoins laissé intact la prétention humaine d'une conscience de soi souveraine sur ses pensées et ses actes prétention que la psychanalyse va mettre à mal. On peut résumer ainsi ces deux révolutions :

La révolution Galiléenne, c’est la substitution au 17ème siècle d’un modèle théorique dominant qui fait de la terre le centre de l’univers ou géocentrisme, à un autre modèle : le modèle héliocentrique qui fait graviter la terre autour du soleil.

Dans le géocentrisme, le monde est clos et rassurant; il est organisé harmonieusement et l’Homme en est à la fois le centre et le point d’aboutissement. Le modèle héliocentrique qui va s’imposer, non sans résistances, établit les deux idées suivantes :

- la terre n’est pas le centre de l’univers

- l’univers n’a plus de centre assignable

L’Homme doit reconnaître la place modeste qui est désormais la sienne dans un univers où comme l’écrit Pascal dans les Pensées « le centre est partout et la circonférence nulle part ».

La seconde humiliation infligée à l’orgueil humain vient des travaux de deux anglais Wallace et Darwin, dont on peut résumer ainsi la théorie : tous les êtres vivants actuels sont le résultat d’une longue et lente série de transformations de formes de vie élémentaires qui a conduit à l’apparition puis à la diversification des espèces.

Wallace et Darwin rejettent ainsi le dogme religieux de la création des différentes espèces vivantes par Dieu ainsi que la théorie biologique dominante qu’on nomme : le fixisme. ils font de la sélection naturelle le moteur principal d’une évolution graduelle qui n’a pas de but et dont le hasard, jouant un rôle déterminant, a conduit une espèce, l'espèce homo sapiens, à méconnaître sa parenté étroite avec l’animalité et à se définir comme distincte des autres animaux, fière du privilège de la pensée réfléchie dont seule une origine métaphysique peut réellement rendre compte. L’homme qui s'était cru apparenté au divin par son âme n'est qu'un animal évolué.

Quel est l'apport de la théorie psychanalytique de FREUD?

La théorie psychanalytique établit trois idées qui vont remettre en cause la définition traditionnelle de l’Homme comme un Sujet raisonnable, libre et responsable de sa vie.

1°) la conscience n’est que la partie la plus superficielle d’une réalité psychique plus vaste et inaperçue qui est l’Inconscient.

2°) la conscience croit à tort, pouvoir exercer une maîtrise consciente et volontaire de son affectivité : sentiments, désirs, passions. En réalité, elle ignore qu’elle est au service des forces pulsionnelles de l’organisme (pulsions d'auto-conservation et pulsions sexuelles). Freud, en accord sur ce point avec Spinoza, renverse la tradition dominante de la philosophie occidentale en démontrant que ce n’est pas la Raison mais le Désir qui est l’essence du Sujet.

3°) la conscience ignore qu'elle est en lutte avec la partie la plus vitale d’elle-même qu’elle a refoulée et qui réapparaît sous la forme inquiétante de phénomènes non maîtrisés : les symptômes névrotiques ou sous la forme de phénomènes qu'elle juge étrangers et peu dignes d'intérêt : les rêves et les actes manqués.

Avec les travaux de Freud, surgit une question embarrassante pour la pensée : « L’hypothèse d’un Inconscient psychique ne rend-il pas périmé le projet, qui anime chacun de nous, de nous efforcer de nous connaître nous-mêmes, projet, selon Socrate, de la philosophie elle-même? »

 

IV)LA PHILOSOPHIE COMME EFFORT DE LUCIDITE SUR SOI-MEME

 

A)Qu’est-ce que la philosophie dans l’Antiquité

Dans l’Apologie de Socrate, Platon,fait dire à Socrate «  une vie sans examen ne vaut pas d’être vécue, c’est pourquoi je préfère mourir que d’être empêché de pratiquer cet examen. » La philosophie est cet examen même.

Au juste qu’est-ce que fait Socrate? Il interroge tous ceux qu’il rencontre pour apprendre d’eux ce qu’il ne sait pas. Autrement dit, Socrate est celui qui, conscient d’être ignorant, désire savoir. En cela, il est philosophe ; car l’activité d’une âme qui tend (philô=je désire) vers le savoir (sophia )est la PHILOSOPHIE.

A l’origine de sa recherche, il y a un étonnement : un ami à lui, est allé interroger à Delphes, la prêtresse d’Apollon pour savoir quel homme était le plus sage, et Apollon répond que c’est Socrate d’Athènes. Persuadé du contraire, Socrate va mener une enquête auprès de ceux qui, dans la cité, ont la réputation de sagesse.

 

B) La mission de Socrate

Il va donc les questionner et les réponses qu’ils vont faire à Socrate vont se montrer si confuses, si décevantes et si contradictoires que le juge va devoir avouer qu'il ne sait pas ce qu’est le juste; que le prêtre va devoir avouer qu'il ne sait pas ce qu’est la piété ; que le général va devoir avouer qu'il ne sait pas ce qu’est le courage; que le savant va devoir avouer qu'il ne sait pas ce qu’est la science…etc. Cet art de la discussion(du dialogue) où alternent les questions de Socrate et les réponses des interlocuteurs, c’est la dialectique. Le plus souvent, le dialogue s’interrompt sur un embarras (aporia), et le questionné et SOCRATE se quittent sans être parvenus à donner de réponse satisfaisante à la question. Le lecteur des dialogues de PLATON est déçu et frustré parce qu'il ne voit pas que l’embarras est le signe d’une pensée qui éprouve la douleur de reconnaître, elle qui croyait savoir, qu'elle ne sait pas. Socrate appelle également son art : la maïeutique, en référence à sa mère qui était sage-femme : il est celui qui aide, non pas les corps, mais l’esprit à accoucher des vérités qu’il porte en lui, en expulsant tout ce qui y fait obstacle : opinions, préjugés, croyances fausses, douteuses ou infondées ; en bref, tout savoir qui ne parvient pas à se justifier rationnellement.

Socrate force, ainsi, ses interlocuteurs à reconnaître leur ignorance et à tenter de la dépasser. C’est pourquoi, il comprend enfin la parole de l’oracle : il est le plus sage des hommes parce qu’il sait qu’il ne sait rien; tandis que la plupart des hommes qu’il a interrogés croyaient savoir alors qu’ils ne savaient rien et étaient doublement ignorants en ignorant leur ignorance. La devise de Socrate sera désormais celle-là même qui est inscrite sur le fronton du temple d’Apollon : connais-toi toi-même! Qu’on doit comprendre ainsi : saches combien tu t’ignores si tu veux être sage!

Or, voici ce que Freud écrit dans l'Essai de Psychanalyse appliquée : « rentre en toi-même profondément et apprends d’abord à te connaître, alors tu comprendras pourquoi tu vas tomber malade et peut-être éviteras tu de le devenir » Ailleurs, encore, il écrit « là où était le ça, « Je » dois advenir ».Si la psychanalyse marche aussi dans les pas du sage Socrate c'est pour une raison assez évidente : il n'y a de vérité que pour un sujet qui pense en première personne.

 

CONCLUSION

 

« Je sens mon cœur, écrit Rousseau et je connais les autres ; si je ne vaux pas mieux qu’eux, au moins je sais que je suis autre. » Les Confessions

On pourrait penser pour cette raison qu’on se connaît mieux soi-même que les autres ne nous connaissent ou que nous ne les connaissions. Et pourtant, on est souvent bien plus clairvoyants quand il s'agit de juger les autres que soi-même. C'est aussi pourquoi on a besoin des autres pour mieux se connaître car, nous avons souvent l'illusion de savoir ce que nous ne savons pas. Pour SOCRATE, croire savoir, c'est ignorer qu'on ignore et bloquer tout moyen de se perfectionner moralement. Pour FREUD, il faut apprendre à l'homme occidental civilisé à connaître cette autre part de lui-même qu'il a refoulée s'il veut se comprendre et mieux vivre.

 

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